Ces programmes de recherche pour pauvres...

Sous-titrage sous la responsabilité de l'auteur ce cet article

 

Le Népal ne peut financer des équipements d'assainissement calqués sur ceux du Nord, à savoir réseaux de tout-à-l'égout et stations d'épuration. On imagine dès lors aisément que nos recherches actuelles en matière d'assainissement conventionnel n'inspirent pas franchement ce pays (technologies de filtration des micro-polluants, techniques de maintenance des réseaux, procédés industriels de traitement des boues...)

Alors le Népal expérimente, « bricole » ses propres programmes de recherche en assainissement avec de modestes moyens, misant bien évidemment sur une collecte et un traitement séparatif des excrétas humains et des eaux usées domestiques, seuls accessibles économiquement. Lire la suite

Cette séparation est aussi celle des urines et des fèces. Les matières fécales sont compostées. Les urines sont quant à elles enrichies en magnésium, permettant une précipitation du phosphore. Le précipité obtenu, la struvite ou phosphate ammoniaco-magnésien (MgNH4PO4), est exempt de résidus pharmaceutiques potentiellement présents dans les urines (voir EAWAG). C'est surtout un fertilisant à action lente et efficacité prouvée.

Et cela tombe plutôt bien. Car le Népal ne fabrique aucun produit fertilisant. Il dépend donc d'importations. La hausse de 300 à 500% des coûts de ces produits en 2008 illustre la dangereuse situation du pays en matière de sécurité alimentaire (voir IRC).

Le succès de ses expériences pilotes l'amène aujourd'hui à changer d'échelle. Les urines devront prochainement massivement être transformées en struvite et reconduites sur des surfaces agricoles.

Au Népal, la mise en place d'équipements d'assainissement déconcentrés s'associe ainsi aux problématiques de maintien des cycles nutriments (phosphore), mais également à celles de développement économique local et de conscientisation des populations.

Ils sont de plus en plus nombreux ces pays dits en voie de développement, par leur « bricolage », à acquérir une véritable expertise en développement intégré, en conduite d'approches territoriales complexes, combinant différents enjeux sociaux, environnementaux, économiques et culturels en inter-action.

Puisque nous, pays du Nord, serons tôt ou tard confrontés aux mêmes difficultés d'approvisionnement en matières fertilisantes (hausse des coûts de l'énergie, raréfaction du phosphore minier...), puisque notre modèle d'assainissement finira par se heurter à l'impasse technologique et économique promise (entretien des réseaux, mise au norme des stations...), peut-être serons-nous alors amenés à des transferts de compétences inversés Sud-Nord, pour profiter des enseignements de ces recherches socio-économico-techniques conduites avec peu de moyens mais beaucoup de raison.

On ne sait jamais...

 

 

Sujets actifs

Commentaires récents

Utilisateurs en ligne

Il y a actuellement 1 utilisateur et 2 invités en ligne.